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Dans la cour des grands

  • Photo du rédacteur: Audrey Sabardeil auteur
    Audrey Sabardeil auteur
  • 16 nov. 2025
  • 5 min de lecture

Vendredi 7 décembre. Il fait beau, mes cours se terminent à midi. Le temps de manger à la cantine, un petit café avec les collègues – deux ! – puis je m’attelle à ma montagne de copies de rédactions de 3e, la tête dans le guidon. Et puis 15h sonnent. Hop, transmutation : la prof redevient autrice. Re-hop ! Me voilà au volant, direction Villeneuve-lez-Avignon. Une grosse heure plus tard, j’y suis.

Comme indiqué sur ma feuille de route, je me présente à l’hôtel de l’Atelier, en plein cœur de ville. Charmant établissement, vieilles pierres et intérieur feutré. Stéphane m’accueille, me fait visiter. Je vais être bien, c’est sûr.

Dans le petit salon, en attendant Dominique, la bénévole qui me conduira à mon premier rendez-vous littéraire du week-end, je rejoins un auteur de polar (oui, ça se repère au premier coup d’œil, ces petites bêtes-là). Il s’appelle Marto, Marto Pariente. « Holà ! » Charmant ! Il parle (et comprend) l’espagnol. Le hic : rien d’autre, et moi, trois mots qui se battent en duel. Nos tentatives de discussion tournent court. On abandonne avec un sourire un peu navré. Dommage…

À défaut de faire une première rencontre, je pars me balader avant la nuit. Je passe devant la Chartreuse. Les banderoles sont en place pour le lendemain. C’est superbe. Je savoure.

Puis l’heure arrive. Dominique – fort sympathique – me conduit dans sa Clio jusqu’à Roquemaure, à quelques minutes de là. À la librairie Les Mots Clés, je retrouve Sophie, la libraire, et son mari (le fils de Dominique). Le courant passe tout de suite. Quelques minutes plus tard, des habitués arrivent, remplissent rapidement la librairie. Pendant une bonne heure, la discussion va bon train, menée par Sophie. Elle me demande de lire les premières pages du roman – pas le passage le plus simple, très dialogué. Je ne suis pas brillante. J’ai fait mieux. Mais ça n’empêche en rien l’échange : questions, réactions, commentaires plus ou moins érudits, et surtout du partage, souriant, curieux, chaleureux.

Après ça – et un verre de blanc – je file pour le premier repas commun, dans la salle du Pressoir à Villeneuve. J’y retrouve quelques têtes déjà connues : Gilles Vincent, Michèle Pedinielli et son mari Mouloud, photographe. De quoi passer une bonne soirée et tenter de retenir un peu du grand Who’s who du festival. J’ai déjà repéré Sophie Loubière et Marin Ledun – parrains de cette édition. Michèle, incollable, m’explique qui est qui parmi bénévoles et organisateurs, et me briefe sur les auteurs dont j’ai lu les romans sans connaître le visage. Là, c’est sûr : j’ai mis un pied dans la cour des grands.


Le lendemain, grand jour : le salon commence !

Après un petit-déj avec Gilles, on part à pied vers la Chartreuse. Inauguration par Mme la Maire et Corinne Tonelli, organisatrice principale et – je le découvrirai vite – femme adorable et énergie folle. Ensuite, le jury du prix des Lecteurs délibère. Sept romans en lice, dont Cargo blues. Le verdict tombe – et confirme ce que je pressentais : ce ne sera pas pour cette fois. Et c’est… Marto Pariente qui l’emporte pour Balanegra, dans la Série Noire. Felicidades !

10h25 : just in time pour rejoindre nos tables dans ce monument historique. Quel endroit de rêve ! Je suis aux anges. Je m’installe. Mon voisin ? Cyril Carrère. Sa table m'impressionne : plusieurs romans, plusieurs poches. Des couvertures japonisantes. Chez Denoël et Folio. Il me confirme vite qu’il vit là-bas, et que ses polars en sont nourris. Je note les titres, ils rejoignent ma liste. Tout au long du week-end, je vais me réjouir de ce voisin sympa et généreux. On parle de nos expériences d’auteurs, et j’apprends beaucoup.

D’ailleurs, c’est le fil rouge de ce week-end quand je fais le bilan, avec mention spéciale pour Niko Tackian qui, lors de notre petit-déj en tête-à-tête dimanche matin, m’a parlé comme si nos parcours se valaient, sans condescendance ni fausse modestie. Un type vrai, d'après mon intuition, que je serai ravie de recroiser si le hasard s’en mêle.

Ces deux jours de dédicaces filent : beaucoup de visiteurs, des discussions variées, et un joli score pour Cargo blues. Je pense être la seule autrice avec un seul titre sur sa table (non, je ne reviendrai pas sur mes déboires avec mon premier éditeur : qu’il reste loin de ma bonne humeur !) et un seul format broché. D’ailleurs, le libraire lui-même me dira, content, au moment des au revoir que, vu les circonstances, mes ventes ont été plus que satisfaisantes. Magnifique !

Dans l’après-midi, une table ronde m’unit à Michèle Pedinielli pour Un seul œil et Bernard Poirette, journaliste spécialiste du noir. Un très chouette moment, devant un public dense que je retrouve ensuite devant mon stand.

Après cette première journée, on file au bal littéraire. Kesako ? Un truc un peu fou, imaginé par Corinne, et que j’ai adoré. La veille, Max Monnehay – sacrée nana ! –, Michèle Pedinielli (toujours elle) et Simon François avaient pour consigne d’écrire à six mains un récit noir, chaque chapitre se terminant par le titre d’une chanson. À chaque fois qu’un auteur lisait son chapitre au micro et arrivait à ce fameux mot-clé : hop, le groupe se lançait, et le public dansait. Un grand moment : bon groupe, texte grinçant et drôle, ambiance impeccable. Et quelques bières avec Cyril et Vincent, plus une discussion sympa avec Hervé Commère (j’avais lu Sauf il y a longtemps).

Après ça, nouveau repas commun. Cette fois, je suis à côté de Patricia Delahaie. Moins fun que la bande de la veille, mais passionnant. On parle féminisme, justice, rapports humains, intuition. Elle a écrit Un lundi de Pentecôte, autour de l’affaire Ranucci. Ça a l’air passionnant ! Mais quand vais-je trouver le temps de tout lire ??? (Je vous ai dit que je suis plongée dans La Maison vide ? Vertigineux !)

Après tout ça, je suis lessivée. Journée magnifique, mais trop riche : je dors peu. Aaargh. Heureusement, dimanche matin, dans la salle du petit-déj, la grande carcasse de Niko Tackian me parle avec une voix toute douce. Réveil en tendresse. Ça, plus un Doliprane, et je suis repartie, motivée et ravie. Encore de belles rencontres de lecteurs, un repas chaud à midi, puis la dernière ligne droite.

À 17h, certains ont déjà levé le camp, d’autres filent vers la gare. On se dit au revoir. Avec certains, comme Cyril, on se réjouit de se retrouver à Vienne. Dans ma voiture, tous ces moments repassent pendant l’heure et demie du retour.

Bref : j’ai vécu mon premier vrai grand événement littéraire. Et j’en redemande.


 
 
 

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