
đEt si on lisait un livre comme on prĂȘte l'oreille Ă un cri ?
- Audrey Sabardeil auteur

- 20 janv.
- 2 min de lecture
"La nuit au coeur" (2025)
Natacha Appanah
Ăditions Gallimard
đPrix Femina / Goncourt des lycĂ©ens / Renaudot des lycĂ©ens
Difficile de faire le contour exact de ce livre. Ni roman, ni confession, ni essai journalistique ou plutĂŽt tout cela Ă la fois. Dans "La nuit au cĆur", l'autrice croise trois destins, les mĂȘle comme si les 3 femmes dont il est question se connaissaient et force - parce que c'est sa prĂ©rogative d'autrice - leurs trois requins de maris Ă se faire face. D'une certaine maniĂšre, d'ailleurs, on peut considĂ©rer qu'elles se sont cĂŽtoyĂ©es puisqu'elles ont en commun d'avoir subi l'emprise d'un homme violent. Pourtant leur sort n'est pas identique, ni les lieux, ni les Ă©poques, ni les circonstances, et l'autrice et narratrice, qui est aussi dans le rĂ©cit le premier de ces personnages (qui sont des personnes bien rĂ©elles) est la seule encore lĂ pour parler, pour tĂ©moigner, pour enquĂȘter et dĂ©monter ce mĂ©canisme d'emprise, ces stratĂ©gies de prĂ©dation et de contrĂŽle.
Au fil des pages et des chapitres, la narration - qui passe par une langue extraordinairement poĂ©tique - parvient Ă dire l'indicible, expliquer l'inexplicable, rĂ©flĂ©chir "de l'intĂ©rieur" Ă ce que l'on Ă©carte ou que l'on rĂ©duit au fĂ©minicide lui-mĂȘme. Car les mots comblent ce vide, ils peuplent le silence et nous donnent Ă voir enfin, et Ă regarder en face. On n'est pourtant encore dans le roman, par sa forme, par sa construction, par la torsion du temps que le rĂ©cit opĂšre, dans une dramaturgie qui Ă©claire ce qui n'Ă©tait que nuit et silence.
Bref, un livre inclassable qui compte, parce que par son texte, Natacha Appanah dit l'horreur et la banalité, dévoile le drame qui se joue tous les jours partout, et que par son livre, ces trois vérités-là sont au grand jour. Sur ces meurtres, sur ces hommes et sur ces femmes. Plus que tout autre qualificatif, je dirais donc que ce livre est éclairant. Mieux : lumineux. Et pour cela à mettre dans les mains des filles, des garçons, des femmes, des hommes, en espérant qu'il serve à éviter certains drames.
Ce livre n'est pas qu'un livre, c'est un cri. Mais un cri hurlé avec délicatesse. Cette écriture m'a fait entendre que c'était possible.




Commentaires