Moi, influenceuse ? Le jour où j’ai failli perdre mon micro-cravate (et ma dignité) à l’Estaque
- Audrey Sabardeil auteur

- 2 avr.
- 5 min de lecture
On ne va pas se mentir : mon habitat naturel, c’est un bureau, le silence, et le clic-clic de mon clavier / le grat grat du crayon sur un carnet (Je me suis aussi offert récemment un carnet e-ink - je l'adore ! - mais j'ai du mal à caractériser le non-bruit du stylo sur l'écran 💬).
Alors quand l'attachée de presse de ma maison d'édition poche (opportunément baptisée Mon poche ) avec qui j'avais un rendez-vous téléphonique, m'a gentiment glissé que pour la sortie de mon troisième roman chez eux, ...
"une petite vidéo d’auto-promo, ce serait vraiment chouette pour les réseaux"
... j'ai ressenti, comment dirais-je? ... un léger flottement.
Et quand je me suis entendu répondre :
"Bien sûr, aucun problème !"
avec une voix qui dit "je gère!", j'ai pensé : "Mais comment ça, je gère ?"
Le cahier des charges ?
Fastoche, sur le papier : un pitch dynamique, une présentation ultra-succincte (je suis Audrey Sabardeil, née à Marseille, ravie de vous rencontrer...), ma vision du livre, et l'annonce de la sortie poche. Le tout avec un sourire naturel ( ben voyons ! ) et en moins de 60 secondes chrono. Et à titre d'exemple réussi, la vidéo d'auto-promo de Susie Morgenstern, la mega-star de la littérature jeunesse, qui a dû donner dans sa longue et belle carrière des centaines d'interviews dans toutes les langues aux 4 coins du globe (qui comme chacun sait, n'a pas de coin, n'en déplaise aux platistes).
Mouarf ! Fastoche, je vous dis !
N'empêche, j'avais dit oui. Alors ...
Alors, pour compenser ce que j'appellerais pudiquement une certaine incompétence scénique, j'ai voulu un décor qui me vole la vedette - malinx, le lynx ! -
Il me fallait donc la mer.
Il me fallait Marseille.
Sauf qu'en ce début mars, le ciel avait décidé que mon roman noir méritait une ambiance... de déluge.
Après quatre jours de pluie battante à guetter le moindre rayon, une fenêtre de tir s'est ouverte. Une après-midi lumineuse, le soleil daignant enfin jouer les figurants.
Pas le temps de reculer : j'avais eu le temps d'écrire un script, de vérifier le timing, et répété dans ma bagnole en allant au boulot tous les matins.
Let's go ! Direction Marseille, par sa face Nord, par chez moi. J'étais persuadée que j'étais partie pour un repérage sur le port, sur les plages de Corbières, au débarcadère, sur la digue, sous le grand viaduc ... En réalité, le premier lieu a été le bon : sur le port de l’Estaque. J'ai déniché un quai parfait, en contrebas de la route et du parking passablement défoncé (L'intérêt avec une micro voiture déjà amochée, c'est que, pour peu que tu sois la reine du créneau, tu trouves toujours à te loger, un peu à l'arrache, je dois dire - à la Marseillaise, quoi ! - en vrac sur un bout de trottoir.)
J'y étais !
Si vous imaginez la vie d’autrice en mode glamour, préparez-vous à perdre vos illusions (Ca me rappelle un très fameux double album des Guns & Roses dont j'ai usé la K7 à force de l'écouter, pendant mes années lycée et après. Mais je m'égare ...)
Retour à L'Estaque : Imaginez-moi sur le quai, cheveux hirsutes, rabattus à chaque nouvel essai par un Mistral particulièrement fripon, les mains encombrées de mon attirail de parfaite influenceuse à Dubaï ( Botox en moins 👄) : un trépied branlant, une perche, et un téléphone doté d'un adaptateur pour un micro-cravate tout poilu (spécial Mistral fripon justement) dont je découvrais le fonctionnement. J'avais bien vu mon amie Kate (autrement plus rompue à l'exercice !) utiliser ça pour notre séquence "interrogatoire" tournée l'an dernier (Elle avait eu cette idée folle - et géniale - pour la sortie du grand format), mais à cette occasion, je n'avais pas eu à gérer la technique, Kate avait carrément une amie assistante et nous étions en intérieur. Je m'étais totalement appuyée sur elles deux, qui étaient des pro. Là, j'étais solo, et totalement novice.
Le public ? (Et ça, je ne l'avais carrément pas anticipé!)
Des gars du coin, des pêcheurs de l'Estaque, curieux et rigolards. À Marseille, pas question de vous laisser galérer en silence : on chambre, on branche, c’est le jeu, collègue ! Entre les rafales de vent juste assez présentes pour balancer ma tignasse devant ma tronche, juste assez espiègles pour emporter mon anti-sèche à la flotte (ok, ça s'est fait. Qu'est-ce que j'ai prévu de dire, déjà ?) et les propositions généreuses de quelques-uns pour jouer les assistants, je ne sais pas combien de prises foireuses j'ai pu faire !
Finalement, une heure après, c'était dans la boîte, et tant mieux, parce que le temps avait déjà viré moche, j'étais passée in extremis. Je suis rentrée chez moi sous un ciel lourd de menaces, au son ( à fond ) de Moussu T et li Jovents qui prolongeait le soleil dans la voiture, toute guillerette d'avoir finalement tiré quelque chose de cette improbable séance d'initiation.
Arrivée à la maison, j'ai balancé mes quelques rushs sur l'ordi, jeté sans regrets à la corbeille ce qui était franchement nul, et pas trop regardé le reste. Je me connais : la tentation de cliquer sur [Suppr] aurait été rapidement la plus forte, j'aurais envoyé un mail du genre "désolée, météo vraiment trop pourrie" (de Clermont-Ferrand, qu'auraient-ils pu savoir du ciel marseillais et de ses caprices ?) et j'aurais attendu piteusement que la date de sortie du 26 mars passe, histoire que ce projet de vidéo se vide de son sens. Et moi de mon trac.
Bref, j'ai copié le tout sur mon Drive puis envoyé le lien à Virginie, l'attachée de presse chez Mon poche, là-bas dans le Puy de Dôme. Et vous savez quoi ? Elle m'a répondu dès le lendemain, emballée...
Sauvée ! Je n'avais pas à refaire ...
En tout cas, si vous me trouvez un air emprunté et empoté, dites-vous bien ... que je suis bien d'accord avec vous ... et que ça aurait pu être pire !
(D'ailleurs, je ne l'ai regardée qu'une fois, cette fameuse vidéo, et encore sans le son - parce qu'outre supporter son image, il faut supporter sa voix ! 😬 La route est encore longue, petit scarabée ! )
Décidément, l’écriture m'aura mené à tout, même à jouer les VRP sur un quai. Je reste définitivement plus à l'aise avec un stylo que devant une caméra. Mais enfin, I did it !
Rendez-vous en librairie pour trouver mon Cargo blues en poche. Il est tout beau, il est tout neuf ! Et je le vends si bien 😁

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