
Que la montagne est belle ...

"Cavillore" (2025)
Jérémie Claes
Édition Héloïse d'Ormesson
Cavillore est le récit d'une traque. Traque d'un coupable. Traque de la vérité. C'est aussi le nom d'un lieu, d'une montagne du Sud de la France.
L'auteur signe en réalité un roman multiple : le polar nous plonge dans une intrigue pour laquelle on joue les enquêteurs. Comme Nico, ce jeune natif qui revient au village le jour où un corps de jeune fille est abandonné devant l'auberge, on veut comprendre. Le roman noir, lui, observe cette communauté.qui se fait et se défait. Il orchestre silences et non-dits, préjugés, violences sociales et familiales. Par le talent de Jérémie Claes, nous vivons parmi ces villageois, microscosme partout établi dans nos vies, d'actes manqués, de désirs enfouis en compromissions coupables. Tout cela est remarquablement mené, mais le plus inédit n'est pas là : c'est qu'avec "Cavillore", l'auteur place son livre dans une sorte de mythologie, et ça c'est audacieux. Rien d'anecdotique ni de folklorique dans ce personnage de la montagne, comme dans la présence agissante des animaux peuplant ces lieux, bien au contraire ! Il y a quelque chose de mythique dans ce statut ainsi incarné : la montagne surveille, attend, et grogne. À l'occasion, elle pourrait punir. Si c'est sa volonté. Et l'homme, dans cette nature, n'est rien, ou si peu. Ce choix narratif confère au récit à la fois son rythme singulier, une lenteur puissante comme le déroulé d'un destin implacable qui va en s'accélérant dans les derniers chapitres. Il donne aussi au roman une sorte de portée universelle qui parlerait de rien de moins que de la condition humaine. On l'oublie trop souvent : nous sommes bien peu de choses ici bas et avons pourtant un pouvoir de nuire à autrui salement prégnant...
Heureusement, il y a la littérature ...




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